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PARTIE 1 : UN SYSTÈME EN DÉROUTE

Les impacts de nos systèmes alimentaires sur la santé : Défis systémiques et réponses holistiques

Par Chantal Clément, Directrice-Adjointe d’IPES-Food - International Panel of Experts for Sustainable Food System.

Les systèmes alimentaires impactent la santé humaine de plusieurs manières. Basé sur un rapport du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food), cet article détaille 5 axes principaux à travers lesquels les systèmes alimentaires industriels affectent notre santé et propose des solutions holistiques pour y faire face.

Téléchargez cet article - extrait du Beet The System 2020

Quand nous pensons aux impacts de nos systèmes alimentaires sur notre santé, nous pensons sans doute en premier lieu à nos régimes alimentaires. Pourtant, nos systèmes alimentaires ont des retombées sur la santé humaine qui vont bien au-delà de leurs effets sur nos régimes. Ces systèmes engendrent non seulement de nombreux risques pour la santé publique, mais également de graves coûts environnementaux et sociaux. Ces impacts n’ont jamais été aussi clairs qu’à travers la crise sanitaire qui ravage actuellement le monde entier. En l’espace de quelques mois, le COVID-19 a mis en lumière les risques, les fragilités et les inégalités sous-jacents des systèmes alimentaires mondiaux en ce qui concerne la santé humaine, animale et environnementale.

En 2017, IPES-Food a publié un rapport [1] visant à décrypter le lien entre systèmes alimentaires et santé publique, et nous avons déduit que les systèmes alimentaires actuels affectent notre santé à partir de 5 axes principaux :

  1. des mauvaises conditions de travail dans le secteur agroalimentaire
  2. une exposition à des polluants dans l’eau, l’air et le sol
  3. des aliments contaminés, dangereux ou transformés
  4. des régimes alimentaires déséquilibrés
  5. un manque d’accès à une alimentation saine et de qualité

Notre rapport a également mis en lumière que les plus graves impacts des systèmes alimentaires sur la santé publique proviennent, en majorité, de pratiques agricoles et agroalimentaires industrielles, comprises ici comme un ensemble de pratiques basées sur l’uniformisation de l’offre alimentaire, l’élevage intensif, la forte utilisation d’intrants chimiques, et la production et la commercialisation de masse d’aliments ultra-transformés. Trois ans plus tard, ces recherches sont plus pertinentes que jamais, et nous montrent la voie à suivre pour aller vers des systèmes alimentaires plus sains et durables.

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Le lien alimentation-santé : 5 axes principaux

Combien nous coûte véritablement notre alimentation ? Notre nourriture peut sembler bon marché, mais en réalité, nous payons les conséquences de nos systèmes alimentaires sur notre santé plusieurs fois.

1. Les agriculteur·rice·s et travailleur·euse·s de la chaîne agroalimentaire sont souvent les premiers à être exposé·e·s aux impacts néfastes de nos systèmes alimentaires. Le risque de blessure, de maladie ou de décès dans l’exercice de son activité professionnelle est beaucoup plus élevé dans les secteurs agricole, de la pêche, de la sylviculture et de la transformation alimentaire (par ex. abattoirs, transformateurs de viande) que dans la plupart des autres secteurs [2]. Ces risques se traduisent concrètement à travers : l’exposition aux intrants chimiques et aux substances en suspension dans l’air (pesticides, engrais, poussière, pollen, déchets animaux) ; l’exposition aux zoonoses et aux antimicrobiens ; et aux risques inhérents à l’utilisation d’équipements mécaniques pendant de longues heures. De plus, nos systèmes sont basés sur une faible rémunération de la main d’œuvre, qui se traduit par des faibles salaires et une protection inadéquate des travailleur·euse·s, faisant de l’alimentation et de l’agriculture les secteurs économiques les plus précaires.

2. La pollution environnementale est devenue un des plus grands impacts des systèmes alimentaires sur la santé, découlant principalement d’une pollution des sols, de l’air et de l’eau. De nombreuses pratiques du secteur de l’élevage intensif ont été étroitement associées à la pollution de l’eau et l’air et aux impacts en résultant sur la santé, comme l’E.Coli, une concentration excessive de nitrate dans l’eau engendrant des risques accrus de cancers, ou encore une pollution aux métaux lourds. L’agriculture, par exemple, est elle-seule responsable de quelque 90 % des émissions d’ammoniac de l’UE – un contributeur majeur à la pollution de l’air qui tue 400.000 Européens chaque année [3] . Nos systèmes alimentaires actuels représentent également 21 à 37 % des gaz à effet de serre totaux et sont au cœur de la perte de biodiversité, source essentielle dont bénéficient nos écosystèmes, nos sociétés et notre économie.

3. La distribution d’aliments contaminés est sans doute le lien alimentation-santé le mieux documenté. Les maladies d’origine alimentaire découlent de la présence de bactéries, de virus, d’agent chimiques, de parasites ou de toxines dans nos aliments (par ex. salmonelles, hépatite A). Aujourd’hui 63 % des espèces pathogènes actuelles et 75 % des maladies émergentes sont d’origine zoonotique [4], provenant donc de la consommation de viande, de volaille et de produits animaux comme les œufs et les produits laitiers. De nombreux polluants environnementaux évoqués ci-dessus se retrouvent également dans nos aliments par les résidus de pesticides ou par bioaccumulation (par ex. mercure et plomb dans les poissons). Cependant, une contamination alimentaire peut également avoir lieu suite à la transformation de produits : la résistance aux antimicrobiens et l’exposition aux perturbateurs endocriniens (par ex. à travers les aliments traités avec des pesticides, emballages alimentaires) peut entraîner des réactions allergène, obésogène, reprotoxique, et cancérogène [5].

4. Au cours des dernières décennies, la tendance vers l’industrialisation de nos systèmes alimentaires a entraîné une augmentation croissante de régimes alimentaires nuisibles à la santé. Cette tendance, caractérisée par une forte consommation d’aliments riches en sucre ajouté, en sodium, en acide gras trans, et par une pauvre consommation en fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, a en partie généré une augmentation des taux de surpoids, d’obésité et de maladies non transmissibles. Une mauvaise alimentation est le principal facteur de risque de maladie et de mortalité dans l’Union Européenne (UE). Nos systèmes alimentaires sont maintenant responsables d’une population européenne 50 % en surpoids et plus de 20 % en obésité, facteurs principaux dans le développement de maladies non-transmissibles (MNT) comme les maladies cardiovasculaires, cérébrovasculaires et plusieurs types de cancer [6]. En outre, les régimes alimentaires malsains sont responsables de 49 % des maladies cardiovasculaires [7], la principale cause de décès dans l’UE. Les maladies chroniques – très souvent liées à l’alimentation – représentent 70 % à 80 % des coûts de santé publique dans l’UE [8]. Ces impacts nous affectent directement à travers nos habitudes alimentaires, elles-mêmes façonnées par l’environnement alimentaire dans lequel nous évoluons.

5. L’accessibilité physique et économique de l’offre alimentaire, ainsi que la qualité de l’offre elle-même, a donc une forte influence sur nos choix alimentaires et notre sécurité alimentaire. Mais une alimentation saine et suffisante reste hors de portée pour des millions de personnes. L’insécurité alimentaire demeure le dernier canal par lequel nos systèmes alimentaires peuvent nuire à notre santé. Il s’agit ici d’impacts provoquéhttp://www.fian.be/Le-Droit-a-l-ali...s par un accès insuffisant ou précaire à une alimentation suffisante, sûre, nutritive et culturellement acceptable. L’insécurité alimentaire engendre des maladies occasionnées par un manque d’accès permanent à une alimentation adéquate (par ex. faim ou carences en micronutriments). Aujourd’hui, un Européen sur quatre est menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale, et près de 10 % de la population de l’UE n’a pas les moyens de s’offrir un repas de qualité tous les deux jours [9] [ pour le cas de la Belgique, voir article n°4, par Manuel Eggen ].

5 facteurs favorisant les zoonoses (maladies transmises des animaux aux êtres humains)
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Systèmes alimentaires et COVID-19

Nos systèmes alimentaires actuels sont donc au cœur d’un grand nombre de défis de santé publique. Alors que le monde entier débat de la solution la plus viable pour mieux se préparer, répondre et récupérer durablement suite au Covid-19, de nouvelles recherches n’ont fait que démontrer le lien entre les impacts de nos systèmes alimentaires décrits ci-dessus, notre santé et notre capacité à être résilients face aux chocs.

Premièrement, un nombre croissant d’études démontrent que l’obésité et les maladies non transmissibles (MNT) liées à l’alimentation augmentent non seulement le risque d’insuffisance respiratoire pour les personnes souffrant de COVID-19, mais peut également contribuer à une escalade rapide de ses symptômes. En France, 83 % des patients en réanimation suite au COVID-19 depuis début avril étaient en surpoids ou obèses [10].

Deuxièmement, l’agriculture industrielle a été confirmée comme l’une des causes principales de l’accroissement des risques d’émergence et de propagation de maladies d’origine zoonotique. L’interaction plus étroite entre l’être humain et la faune est renforcée par la destruction d’habitats naturels et la perte de biodiversité à cause de l’agriculture, de l’urbanisation accélérée et de l’accaparement des terres et des ressources [11]. De plus, l’élevage intensif, combiné à la faible diversité génétique caractéristique des systèmes industriels, augmente considérablement le risque d’apparition et de propagation de zoonoses.

Enfin, le COVID-19 met également en exergue la précarité des travailleur·euse·s du secteur agroalimentaire. Les conditions déplorables exposées dans le secteur de la viande aux États-Unis ou des travailleur·euse·s saisonnier·ère·s démontrent le manque de protection des travailleur·euse·s et l’absence des pratiques d’hygiènes et de sécurité convenables dans ces secteurs. Ces risques s’ajoutent aux conditions généralement médiocres et à la faible rémunération des travailleur·euse·s.

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Que faire ? Défis et solutions

Les systèmes alimentaires affectent non seulement la santé humaine mais également la santé animale et environnementale au travers de multiples mécanismes interconnectés. Bien que cela puisse paraître complexe, nous sommes désormais suffisamment informés pour agir : pour résoudre des problèmes interconnectés, il nous faut des réponses holistiques.

Au niveau systémique, une alternative à l’agriculture et aux systèmes industriels gagne en notoriété : l’agroécologie. Il s’agit d’une approche holistique au développement des systèmes agricoles et alimentaires. L’agroécologie est une façon de cultiver avec la nature, et non pas contre elle. Elle renforce la résilience aux changements climatiques et aux épidémies, en associant différentes plantes et animaux sur la base des connaissances propres aux agriculteur·rice·s, et de manière adaptée à leur environnement local. Elle ne dépend pas des produits chimiques, mais mise sur les synergies naturelles et la diversité des espèces. L’agroécologie peut offrir des moyens de subsistance résilients, basés sur la coopération et la solidarité, et sur des circuits courts qui engendrent des revenus plus justes pour les travailleur·euse·s agricoles. 

Au niveau de la santé publique, l’approche « Un monde, une santé » de l’OMS nous permettrait d’avancer vers des systèmes agricoles et alimentaires mieux adaptés aux défis auxquels nous sommes confrontés. Cette approche multisectorielle s’applique à la conception et la mise en œuvre de programmes, de politiques, législations et de recherches permettant à plusieurs secteurs de communiquer et collaborer en vue d’améliorer la santé publique. En temps qu’approche intégrée, elle met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et nos écosystèmes dans le but d’atteindre une santé optimale pour tou·te·s.

Il devient évident que ce n’est qu’à travers de telles approches intégrées que nous transformerons en profondeur la manière dont nous produisons et consommons. Il devient impératif de baser nos systèmes alimentaires sur un autre ensemble de principes que ceux de l’agriculture industrielle, qui jusqu’à présent a entraîné un bilan d’impacts plus négatifs que positifs. Il devient urgent de combler les lacunes dans nos politiques publiques, dans nos systèmes économiques et dans nos sociétés pour lutter en faveur de systèmes alimentaires durables, résilients et solidaires.

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