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Négociation en cours des Directives volontaires sur les systèmes alimentaires et la nutrition

Bilan à chaud au 3e jour des négociations

Le Comité pour la Sécurité alimentaire mondiale (CSA) (Committee on Food Security – CFS en anglais) négocie en ce moment, en ligne via Zoom, les futures Directives volontaires sur les systèmes alimentaires et la nutrition.

C’est une phase supplémentaire de 5 jours (du 7 au 11 septembre) d’un processus commencé en 2019. L’objectif des directives est d’offrir un canevas de propositions pour améliorer les situations nutritionnelles dans les pays et donner des recommandations sur les systèmes alimentaires et leur impact sur la santé humaine et de la planète. FIAN International et plusieurs sections nationales, dont FIAN Belgium, y participent directement grâce au Mécanisme de la société civile (MSC), qui permet aux mouvements sociaux et organisations de la société civile de participer à la table de négociation au même titre que les États. Seuls ceux-ci, cependant, s’engagent à adopter et mettre en œuvre le texte final. L’enjeu, pour FIAN et ses partenaires au sein du MSC, est de mettre au centre du texte les éléments centraux du droit à l’alimentation et à la nutrition. Celui-ci n’est pas réalisé lorsque la population d’un État souffre de malnutrition, terme qui recoupe deux réalités quasiment opposées, mais qui souvent coexistent : la sous-nutrition, qui correspond à un manque de nutriments, et la surnutrition, qui correspond à un excès calorifique.
En ce troisième jour de négociation, deux enjeux nous semblent importants à mentionner.

Approche holistique vs approche "nutritionniste"

Un premier enjeu est celui de savoir si les directives arrivent à s’inscrire directement dans une vision holistique des systèmes alimentaires, ou bien si les discussions seront concentrées sur les manières de répondre spécifiquement aux problèmes liés à la malnutrition, sans aborder les autres dimensions. En adoptant un point de vue holistique, il est possible de penser en même temps les impacts nutritionnels (santé et malnutrition), écologiques (pollution, épuisement des sols, gaz à effet de serre, changement climatique…) et socio-économiques (production des matières premières en exploitant la main-d’œuvre dans les pays du sud, pour être vendues puis transformées dans les pays du nord ; impact de la malnutrition bien plus élevée parmi les populations pauvres ou vulnérables…). C’est la position qu’essaye de porter le MSC.

La seconde approche, dite « nutritionniste », est souvent plus technique, médicalisée et tend à réduire le champ d’application du texte. Elle porte avec elle la possibilité de considérer la nutrition comme un effet restreint et technique des systèmes alimentaires : les carences (sous-nutrition) et excès (surnutrition) nutritionnels généralisés pourraient être compensés par des apports précis en nutriments. Par exemple, chacun.e prendrait, le soir, des pilules nutritives pour compenser un mauvais régime alimentaire généralisé pendant la journée. Ainsi, il n’y aurait presque rien à changer au système alimentaire. Cette ligne de front apparaît très clairement lorsque les négociations ont porté sur la définition de « régime alimentaire sain ». S’opposant à la mise en œuvre de systèmes alimentaires localisés fournissant fruits et légumes, certains pays proposaient de se référer préférablement au commerce international pour fournir un régime alimentaire sain.

Vers une approche basée sur les droits humains

Un deuxième enjeu est de politiser la nutrition, dans un contexte paradoxalement très politique, celui d’une négociation internationale. En effet, chaque pays appuie ses positions sur des arguments scientifiques, techniques ou consensuels. Il s’agit pourtant de mettre en avant les causes et les responsabilités de la malnutrition, et en parallèle les solutions possibles. Sans doute sont-elles partagées, et il est à ce jour encore impossible de savoir comment sera construit ce régime de responsabilité. Les systèmes alimentaires sont parcourus par des questions de rapports de force. Faut-il mettre la responsabilité sur les acteurs privés qui sont obsédés par le profit ? Sur les gouvernements qui ne réglementent pas suffisamment les systèmes alimentaires ? Sur les agriculteurs qui cultivent un nombre très limité de céréales, fruits et légumes ? Sur les consommateurs qui sont influencés par l’environnement alimentaire (le contexte dans lequel les consommateurs choisissent leurs aliments - marketing, produits disponibles…) ?

Le MSC défend la perspective des droits humains, d’après laquelle il est principalement de la responsabilité de l’État de réglementer (autoriser, interdire, limiter, conditionner) les différents acteurs des systèmes alimentaires afin que les droits de chacun et chacune soient respectés, protégés et promus. L’approche par les droits requiert aussi de renforcer les détenteur·rice·s de droits (avec une attention particulière pour les groupes les plus marginalisés) et de les associer à l’élaboration des politiques. L’alimentation ne passe pas seulement par la consommation, mais par l’exercice plus général du droit à l’alimentation. Ceci implique néanmoins de mettre en lumière les responsabilités des acteurs privés à qui les États ont délégué « le soin » d’assurer l’approvisionnement des populations via les mécanismes de marché. Ainsi, plusieurs concepts comme ceux de comportements alimentaires et d’environnement alimentaire sont cruciaux.

Avant de terminer, quelques mots sur la forme des négociations. Celles-ci se tiennent dans un temps très limité, dans la mesure où le secrétariat voudrait que ces directives volontaires soient adoptées définitivement avant le sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires qui se tiendra en 2021. Cependant, cette pression pousse à mettre de côté les controverses sans prendre le temps de les aborder pleinement. De plus, suggestion a été faite hier par le secrétariat de n’utiliser que l’anglais pour gagner du temps : une manière supplémentaire de mettre en avant la prédominance américaine, malheureusement peu favorable au régime alimentaire basée sur des légumes et fruits frais, locaux et de saisons, pour y préférer les « aliments fortement nutritifs ». L’UE a glissé le terme « agroécologie » avant d’y rajouter « et d’autres solutions innovantes » ; le Sénégal est le défenseur acharné des systèmes localisés et des savoirs paysans. L’Argentine adore les pesticides, et les Philippines tentent coûte que coûte de laisser l’huile de coco dans la course à l’alimentation saine !
Cette phase de négociation est loin d’être terminée, et ne parviendra sans doute pas à l’adoption d’un document finalisé. Absente, la Belgique aurait pourtant un rôle fort à jouer au côté de ses partenaires européens pour mettre en avant les avantages des systèmes alimentaires relocalisés, durables et agroécologiques.